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Dans cette rubrique :

:: Landes et prairies humides

:: Tourbières

:: Les espèces caractéristiques et patrimoniales sur nos sites naturels

:: Inventaire permanent des tourbières de bretagne

:: L’étude des communautés végétales : la phytosociologie

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:: dimanche, le 25 novembre 2007

Tourbières

1) Qu’est ce qu’une tourbière ?

Une tourbière est un écosystème fragile formé sur plusieurs siècles par accumulation progressive de débris végétaux en milieu gorgé d’eau (bilan hydrique positif), sous un climat frais et humide. Du fait des conditions défavorables à la dégradation de la matière organique, une tourbière se caractérise par la très forte quantité de matières organiques mortes non décomposées, dont la teneur peut aller jusqu’à 80 à 90%. Les végétaux affectionnant ces milieux sont dits hydrophiles. Ce sont, entre autres, les mousses et en particulier les sphaignes, mais aussi de nombreux joncs et carex... dont les résidus forment après plusieurs siècles la tourbe.

2) Formation et turbification

La formation de la tourbe, au coeur de l’existence de la tourbière, peut être appelée, turfigenèse, turbification ou tourbification. C’est l’accumulation progressive de matière organique non décomposée (essentiellement végétale) et son tassement qui contribuent au fil du temps à former la tourbe. Une tourbière croît lentement, et connaît plusieurs phases de développement : depuis le comblement progressif d’une dépression naturelle remplie d’eau par des plantes partant du bord, passant par la constitution d’un véritable tapis végétal s’épaississant petit à petit jusqu’à gonflement du tapis et rejet de l’eau à la périphérie. Petit à petit la tourbière s’atterrie et est colonisée par les ligneux (arbre et arbuste) pour aboutir au stade ultime de bois tourbeux.

3) Classification des tourbières

Il existe plusieurs types de tourbières. La classification des tourbières est encore un domaine de discussion dans la communauté scientifique, et il est difficile de faire parfois la distinction entre deux types, ou de "classer une tourbière" dans telle ou telle catégorie. Le classement peut d’ailleurs s’effectuer selon plusieurs critères :

• le pH

o les tourbières acides à sphaignes, de pH inférieur à 4, o les tourbières alcalines à carex, de pH supérieur à 6.

• le type d’alimentation en eau de la tourbière

o ombrotrophe (bogs en anglais) : alimentée en eau uniquement par les précipitations atmosphériques. Le sol et l’eau d’une tourbière de ce typesont souvent plus acides et plus pauvres en éléments minéraux nutritifs que les tourbières minérotrophes ; o inérotrophe (fens en anglais) : alimentée par des eaux de ruissellement en majorité.

4) Faune et Flore .

Les sphaignes sont des mousses qui forment des coussins verts, parfois rougeâtres, gorgés d’eau. Les tiges sont dressées, hautes de 10 à 40 cm, et sont ramifiées. De petites écailles s’incèrent sur les tiges. Les sphaignes s’allongent rapidement (environ 3 cm par an). Les parties mortes, à la base des coussins, s’accumulent dans un milieu hydromorphe (saturé en eau), anaerobie (absence d’air), oligotrophe (pauvre en sels minéraux) et acide pour constituer la tourbe.

Elles participent également à l’acidification du milieu en lâchant dans l’eau des ions H+. Cette acidification contribue à bloquer le phénomène de décomposition de la matière organique.

On y trouve également des plantes spécifiques adaptées au milieu, telles que certaines plantes carnivores (Droseras, Grassettes et Utriculaires), qui pallient le manque de minéraux dont elles ont besoin en capturant des insectes et en les digérant. On y trouve également des plantes reliques des périodes glacières comme les Linaigrettes ou des plantes primitives telles que le Lycopode inondé.

D’autres espèce sont également représentatives comme les Carex, les Narthécies, certaines Orchidées, La Gentiane pneumonante et les arbustes de la famille des éricacées (bruyère, callune, etc.).

Les tourbières peuvent donner l’impression d’une monotonie mais en fait elles cachent des transitions subtiles. Un complexe tourbeux est souvent formé par une juxtaposition de différents milieux avec leurs différents gradients. Ainsi à côté de tourbières actives à sphaignes la présence d’étangs, de mares oligotrophes, de bas Marais, de prairies humides acides, de landes humides tourbeuses, de bois tourbeux ... n’est pas rare.

De même, de nombreuses espèces animales dépendent étroitement des tourbières, certaines leurs étant strictement inféodées. Une multitude d’invertébrés, notamment, dont certains sont aujourd’hui en voie d’extinction en France, ne vivent qu’en milieux tourbeux, c’est le cas de plusieurs espèces de papillons, et de nombreuses libellules. Ces milieux sont également le refuge de nombreux vertébrés. Les écosystèmes tourbeux constituent des biotopes indispensables à la reproduction de certains batraciens, de plusieurs espèces d’oiseaux comme les busards, le courlis cendré ... certains mammifères comme la loutre ou le vison d’Europe les fréquentent aussi. Ils jouent également un rôle important dans la migration des oiseaux en constituant des zones de passage ou d’hivernage privilégiées.

5) Intérêts des tourbières

5.1) Intérêt biologique et écologique

Les tourbières constituent des écosystèmes uniques. Les facteurs écologiques souvent très marqués (forte humidité permanente, températures souvent basses, acidité et pauvreté des eaux parfois extrêmes...) font des tourbières des milieux contraignants qui abritent des biocénoses spécialisées, uniques, que l’on ne rencontre dans nul autre écosystème. Beaucoup des espèces vivant en tourbières, animales ou végétales, sont aujourd’hui très rares et/ou menacées à l’échelle de la France ou de l’Europe. Certaines sont endémiques. D’autres sont des relictes glaciaires, formant de petites populations isolées et très éloignées de leur aire de répartition actuelle, plus septentrionale. Les tourbières sont ainsi de véritables conservatoires biologiques.

Concernant la flore vasculaire française, environ 6 % des espèces sont inféodées plus ou moins strictement aux tourbières. Dans la liste rouge nationale des espèces végétales menacées, 27 espèces (soit 6 %) sont caractéristiques de ces milieux. Parmi les espèces végétales protégées en France, 39 (soit 9 %) sont typiques des tourbières. La plupart des habitats de tourbières sont considérés comme prioritaires au titre de la directive "Habitats" et 16% des classes phytosociologiques de plantes vasculaires recensées en France concernent les milieux tourbeux. Ces chiffres sont à comparer à la superficie relativement faible des tourbières en France ( 100000 ha).

5.2) Intérêt scientifique, archéologique et ethnologique

Les tourbières sont des écosystèmes originaux. Elles possèdent un fonctionnement que l’on ne rencontre dans aucun autre écosystème, tant du point de vue de leur hydrologie que de la genèse de leur sol, induisant une organisation et un fonctionnement très particuliers des communautés vivantes. Ce sont de vrais laboratoires vivants, propices à de nombreuses études et recherches. Par exemple, les conditions écologiques souvent très contraignantes qui y règnent, ont nécessité de la part des organismes qui y vivent, le développement d’adaptations tout à fait remarquables. Les tourbières sont un lieu d’étude de l’adaptation des organismes face à des contraintes environnementales extrêmes. Grâce aux conditions d’anaérobiose qui règnent dans leur sol, les tourbières sont aussi d’excellents milieux conservateurs. A mesure que se forment et s’accumulent les dépôts de tourbe, des particules organiques, de natures très diverses, peuvent être piégées dans le sol et s’y trouver fossilisées. Les tourbières réalisent ainsi un formidable travail d’archivage en accumulant des informations, strate par strate, durant les siècles ou les millénaires de leur existence. L’analyse des dépôts tourbeux permet de révéler ces informations qui nous renseignent sur les conditions de formation des tourbières. L’étude des pollens (palynologie) conservés dans la tourbe a permis, par exemple, de reconstituer le paléoclimat et le paysage végétal des tourbières depuis près de 12 000 ans. La découverte et l’étude de restes d’origine anthropique - sentiers, barques, filets de pêche, huttes... voire corps humains ont également permis de mieux connaître l’organisation et le fonctionnement des civilisations humaines du mésolithique à l’âge de fer. Les tourbières ont ainsi un grand intérêt archéologique. De même, l’étude de l’utilisation traditionnelle de ces milieux, de leur exploitation, des relations en tous genres (chasse, pêche, cueillette...) qu’ont pu avoir les hommes avec les tourbières, présente un réel intérêt ethnologique.

5.3) Intérêt hydrologique

Le rôle des tourbières dans le cycle de l’eau est d’importance capitale. Elles possèdent une réelle capacité de stockage de l’eau, leur permettant de retenir des volumes importants et de les restituer progressivement aux hydrosystèmes adjacents. Les tourbières participent ainsi activement à la régulation des débits des eaux superficielles (écrêtement des crues, soutien des étiages) et souterraines (rechargement des nappes). Elles assurent également un rôle de filtration et d’épuration des eaux (dénitrification, piégeage et stockage des sédiments, filtration des polluants), leur permettant de restituer dans l’environnement des eaux de grande qualité, ce qui en fait des sources naturelles d’eau potable à préserver absolument.

5.4) Intérêt économique

Les tourbières offrent une multitude de ressources naturelles pouvant trouver des débouchés économiques dans le cadre d’activités humaines durables. Ces milieux étaient autrefois intégrés dans l’économie rurale où l’exploitation de leurs ressources faisait l’objet d’usages traditionnels extensifs très variés. Beaucoup de ces usages ont aujourd’hui été abandonnés. La forte teneur en matière organique de la tourbe en fait un combustible, traditionnellement exploitée dans les régions où les tourbières sont abondantes. On nomme cette activité le tourbage. L’extraction de la tourbe procède tout d’abord du creusement d’une fosse de tourbage, ou le dégagement d’un front de taille. À l’aide d’outils développés à cet effet, la tourbe est découpée en morceaux de la taille d’une brique, et empilée sur la tourbière. Gorgées d’eau, ce n’est qu’après avoir séché convenablement que les briques de tourbe pourront être utilisées pour le chauffage.

Une autre exploitation de la tourbe est l’horticulture, comme terreau, toujours du fait de sa grande teneur en matières organiques. Avant la mise en place d’une réglementation préservant les tourbières, l’exploitation des tourbières pour l’horticulture était parfois menée de façon industrielle, et a conduit à réduire considérablement la surface et la valeur patrimoniale de certaines tourbières. La fauche des tourbières permettait de récolter du foin ou de la litière pour le bétail, de produire du fumier ou du compost pour les cultures, ou de fournir des matériaux pour le rempaillage des chaises ou la couverture des toits en chaume. Les tourbières peuvent aussi servir pour le pâturage des herbivores domestiques. Certaines plantes de tourbières, comme les droséras, le trèfle d’eau, l’airelle des marais ou la reine des prés, ont déjà révélé des propriétés médicinales et sont aujourd’hui utilisées en pharmacologie. Il est probable que d’autres espèces aient des propriétés thérapeutiques encore inconnues. Enfin, certains complexes tourbeux peuvent être une source d’espèces de gibiers ou de poissons et présenter, de ce fait, un intérêt cynégétique ou halieutique.

5.6) Intérêt paysager, récréatif et éducatif

Les tourbières sont des milieux qui fascinent, intriguent, éveillent en nous une curiosité teintée parfois d’une note d’appréhension du fait de leur relative impénétrabilité. Leur caractère sauvage, nous rappelle quelques paysages lointains de la toundra ou de la taïga. Jusqu’à une période encore récente, la richesse de ces milieux n’était cependant accessible qu’aux seuls spécialistes. Des initiatives sont nées, ici ou là, pour porter ces richesses à la connaissance du public, tout en développant un rôle important d’éducation et de sensibilisation à l’environnement. En effet, les tourbières sont des lieux très favorables à une approche de la nature et de la nécessité de sa conservation, car elles apparaissent comme des milieux hérités d’un passé de plusieurs millénaires. Elles font partie du patrimoine commun, mais vulnérable et sur lesquelles les activités humaines font aujourd’hui peser une lourde menace. Ainsi, plusieurs sites se sont vus dotés d’équipements permettant l’accès et l’information du public : sentiers d’interprétation, expositions permanentes, visites guidées, classes vertes, chantiers nature... se développent aujourd’hui, induisant souvent des retombées économiques intéressantes. Ces aménagements doivent être discrets, légers, et ces activités encadrées pour éviter toute perturbation du milieu.

6) Menaces pesant sur les tourbières

Malgré leur immense valeur patrimoniale et en dépit de la multiplicité des fonctions qu’elles assurent et dont l’Homme, d’ailleurs, est souvent le bénéficiaire direct, les tourbières ont subi, durant plusieurs décennies, d’importantes et continuelles dégradations découlant des activités humaines. Jusqu’au début du siècle, pourtant, les nombreuses ressources naturelles produites par les tourbières (tourbe combustible, fourrage, litière végétale, pâture, gibier, fruits...) étaient exploitées par les populations rurales pour qui ces écosystèmes précieux représentaient une réelle source de revenus économiques. Mais ces activités traditionnelles ont été progressivement abandonnées à mesure du développement économique, social et démographique de notre pays, des mutations de l’agriculture et du monde rural, de l’essor de l’aménagement du territoire, des progrès dans le domaine de l’agronomie, de la sylviculture ou du machinisme agricole... En même temps que cessaient ces activités traditionnelles sur de nombreuses tourbières, alors abandonnées à leur évolution spontanée, d’autres sites ont progressivement été l’objet de nouvelles activités ayant pour objectif, sinon la disparition pure et simple du milieu, au moins son "amélioration" avec, comme vocation commune, la mise en valeur d’un milieu devenu improductif au vu des nouveaux critères économiques. Drainages intensifs agricoles, plantations de ligneux, décharges et dépôts divers, extractions industrielles de tourbe, creusements d’étangs et de plans d’eau, submersion, remblaiements pour la construction d’infrastructures diverses..., sont autant d’activités et d’atteintes qui se sont développées depuis la fin de la seconde guerre mondiale et ont eu raison de plusieurs dizaines de milliers d’hectares de tourbières en France.

Aussi, la superficie des tourbières françaises, supérieure à 200 000 hectares dans les années 1945, s’est vue réduire de moitié en cinquante ans puisqu’on l’estime aujourd’hui à moins de 100 000 hectares. Ce triste constat n’est malheureusement pas l’apanage de la France et c’est l’ensemble des tourbières européennes qui a connu le même sort, dans des proportions parfois bien plus dramatiques encore.



 
 
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