Crec’h an bars (22) - Landes tourbeuses
Intérêt du site
Les landes tourbeuses de Crec’h an Bars, en Saint
Nicodème (22), s’inscrivent dans la mosaïque d’habitats
humides qui occupe les fonds de vallées et les
zones de sources des très nombreux ruisseaux de la
partie Ouest du massif granitique de Quintin.
Le site forme une vaste cuvette d’un peu plus d’une centaine
d’hectares, très légèrement inclinée vers l’Ouest, en
limite des bassins de l’Hyères et du Blavet.
Suivi : carré permanent
Les landes méso-hygrophiles à ajoncs et bruyères dominent mais
sont parcourues de nombreux couloirs humides qui
se rejoignent et s’étendent dans les zones dépressionnaires
: une végétation remarquable de landes tourbeuses
et de mares de tourbières s’y est développée.
La faune présente aussi un grand intérêt : plusieurs
stations de Damier de la Succise, deux couples de
Courlis nicheurs, peut-être encore un couple de
Bécassines des marais... Le site est connu des ornithologues
depuis les années 1970 mais n’a été mentionné
dans un inventaire des milieux naturels qu’en
1987 (D. Philippon).
La première carte de végétation,
réalisée en 1993 par J. Durfort, a permis de
prendre conscience de son intérêt régional.
Cartographie des habitats
Historique
Les plus grandes parcelles portent, au cadastre, le
nom de « Convenant » ; c’est aussi le nom de plusieurs
lieux-dits de la périphérie : Convenant Ty
glas (le convenant de la maison bleue), Convenant Le
Borgne...
Foncier
Au Moyen Age pour suppléer l’insuffisance
de bonnes terres, les propriétaires nobles établirent
des conventions, « les convenants » , avec
les paysans pour valoriser les terrains les plus
ingrats : ils pouvaient les exploiter moyennant une
très modique redevance. Les maigres ressources
extraites de ces espaces, inaptes à toute mise en culture,
étaient la litière de lande fauchée, le pâturage
estival de moutons et bovins, les mottes tourbeuses
utilisées comme combustible (faute de bois). Ces
pratiques se sont poursuivies, pratiquement inchangées,
jusqu’en 1960 : Saint Nicodème était l’une
des communes les plus pauvres des Côtes d’Armor.
A partir de 1970, avec l’arrivée de tracteur plus
puissants, les parcelles les moins humides ont été réensemencées
en prairies artificielles et fertilisées ; la
fauche mécanisée et le pâturage des landes se sont
poursuivis sur les autres parcelles et les saules ont
commencé à se développer, par taches. Jusqu’en
1990, hormis la perte des surfaces intensifiées, le
coeur du site restait en bon état de conservation
grâce à des pratiques agricoles finalement assez
constantes quant au maintien de l’ouverture du paysage,
du fonctionnement hydraulique et de l’oligotrophie.
A partir de cette date, avec le départ en
retraite de nombreux agriculteurs, l’abandon de gestion
a commencé à gagner du terrain.
Gestion conservatoire
En 1996, l’association Fédération Centre Bretagne
Environnement inscrit ce site dans le programme
européen « Life-Tourbières de France « . Les premiers
contacts avec les habitants montrent leur fort
attachement à leur territoire et une certaine réticence
à l’intervention de personnes extérieures,
« écolos » de surcroît ! Ce n’est donc pas en terme
de techniques de conservation et de protection
imposées de l’extérieur qu’il a fallu développer ce
projet.
Quelques réunions avec le Conseil municipal et
la société de chasse, de nombreuses visites aux agriculteurs
et propriétaires concernés ont permis que
se créé un climat de confiance réciproque.
Le premier travail a donc été de bien identifier
les pratiques ancestrales qui avaient donné ses
caractéristiques au site, de trouver localement des
personnes qui acceptent de poursuivre leur mise en
oeuvre et de leur apporter un indispensable soutien
technique et financier. Conventions de gestion,
contractualisation, location ou prêt de terrain puis
acquisition par la Commune des surfaces libérées
par des agriculteurs à la retraite... : les formes d’intervention
ont été multiples et à adapter en permanence.
C’est une gestion complexe, fragile mais,
sans doute, la seule qui puisse être comprise et
acceptée localement.
Volontairement, le site n’a pas été rendu accessible
au public : il est important de conserver des
espaces où la faune et la flore sont préservés du
dérangement. Des visites guidées sont organisées
sur le site voisin des Landes de Locarn.
Conventions de gestion et maîtrise foncière en
cours, début 2006 :
Surface totale du site : 110 hectares environ
Propriété de la commune de Saint-Nicodème :
13,5 hectares acquisition en 1998 et 2002
Location par l’association Forum Centre
Bretagne environnement : 22 hectares
Contrats agri-environnementaux « Armor-
Nature » : 89 hectares (6 contractants)
Surfaces non conventionnées : 17 hectares
(4 propriétaires)
Soutiens financiers :
A l’achèvement du programme « Life-Tourbières »,
ce site a bénéficié, jusqu’en 2004, d’un « contrat
Nature » du Conseil régional ; depuis 2003, la
contractualisation est entièrement financée par le
Conseil général des Côtes d’Armor (Contrats « Armor-Nature »).
Cet article doit être cité comme suit :
Durfort J. et al. (2007) - Les tourbières de Bretagne. Collection Les Cahiers Naturalistes de Bretagne. FCBE. Edition Biotope : 176 p.
le site vu du ciel