Gildas Le Minter est le chargé de mission du FCBE.
C’est bien lui à gauche.
La tourbière de Kudel ou Yeun Kudel est située sur la commune de Spezet dans le Finistère. Elle s’est formée au fond d’une vallée au pied du Roc’h Toullaëron (318 m) point culminant du massif des Montagnes Noires (Menez Du en Breton). Cette vallée a la particularité d’être verrouillée par une formation géologique particulière : « la cluse de Kudel » à l’origine d’une stagnation d’eau et en amont de laquelle s’est formée la tourbière. Le ruisseau du Crann qui prend sa source au sein de la zone tourbeuse s’encaisse dans des gorges au niveau de la cluse et se jette dans l’Aulne une dizaine de kilomètres plus en aval.
Cartographie des habitats
Le site de Kudel est un complexe humide incluant majoritairement une vaste boulaie tourbeuse au sein de laquelle subsistent encore de grandes zones ouvertes de tourbière acide à sphaignes plus ou moins actives et de la lande tourbeuse à bruyère à quatre angles et molinie.
La cluse de Kudel est quant à elle boisée d’une hêtraie chênaie à if et à houx d’intérêt communautaire dans sa partie basse. Au fur et à mesure que l’on progresse sur les parois rocheuses de la cluse, le boisement s’atténue pour laisser place en partie sommitale à des groupements pionniers typiques des affleurements rocheux plus ou moins suintants.
Une étude palynologique (étude des pollens issus des carottes de tourbe) réalisée par le Professeur Van Ziest dans les années 60 met en évidence la présence d’agriculteurs défricheurs à Kudel 2000 ans avant J-C. Cette étude peut laisser à penser que le site a été plus ou moins exploité et donc entretenu durant plusieurs siècles par des activités traditionnelles de fauche ; de pacage et de tourbage.
La stagnation d’eau dans la vallée de Kudel a été accentuée par la création d’une retenue d’eau servant à alimenter le Moulin de Kudel en aval. Cette retenue d’eau déjà signalée sur la carte de Cassini a contribué à maintenir la tourbière active dans sa périphérie.
Les dernières activités humaines connues sur le site remontent au début de la seconde moitié du XXème siècle. En effet durant la seconde guerre mondiale (1942 à 1945), la partie Est du site a fait l’objet d’une exploitation mécanisée de la tourbe par la société métallurgique d’Hennebont et des Dunes.
La mémoire locale signale également une activité agricole de pacage sur certaines parcelles jusque dans les années 70.
Mais depuis l’avènement de l’agriculture moderne, ces terres difficiles d’accès et peu rentables économiquement ont été exclues des nouveaux systèmes d’exploitation. Ainsi la zone tourbeuse délaissée s’est boisée de saules et de bouleaux et à une tendance à l’atterrissement naturel. L’incendie des années 70 qui a touché une grande partie du site a constitué un autre facteur majeur d’évolution du boisement.
En 1933 le site de Kudel fut l’un des premiers sites classés de Bretagne au titre de la loi de 1930 sur la protection des sites à grande valeur paysagère.
En 1983 le premier inventaire ZNIEFF est réalisé à Kudel et seulement 44ha sont retenus en ZNIEFF de type 1 en amont de l’étang pour son intérêt floristique.
Le site de Kudel fait également partie intégrante de la ZNIEFF de Type 2 « Vallée de l’Aulne », vaste corridor écologique nécessaire au déplacement et la reproduction de nombreuses espèces sensibles.
En 1996 une proposition d’extension de la ZNIEFF à 6OO ha est faite afin d’inclure les boisements, parcelles agricoles et crêtes rocheuses périphériques dans l’objectif de créer une entité cohérente et diversifiée nécessaire au maintien ou au retour d’une avifaune nicheuse spécifique tels que les busards et courlis. Cette proposition n’a malheureusement pas aboutie.
En 1999, le site a été retenu comme Zone d’Intérêt Communautaire dans le cadre du périmètre Natura 2000 « Est des Montagnes Noires ». Mais à ce jour, aucun comité de pilotage n’a été désigné pour rédiger le document d’objectifs.
En 2003 suite à l’inventaire des tourbières du Finistère, 70 ha de la tourbière de Kudel ont été reconnus comme ayant un niveau de valeur régionale pour son important intérêt biologique.
Finalement en 2005 le périmètre de la ZNIEFF a été révisé et totalise à ce jour 168 ha, incluant ainsi l’ensemble des parcelles tourbeuses en amont et en aval de la cluse ainsi que la cluse elle-même et ses affleurements rocheux.
En 2006, conscients de la dégradation de ce patrimoine local, M et Mme de Thoré exploitants agricoles et propriétaires d’environ 30 ha de zone tourbeuse, ont chargé le FCBE de réaliser un plan de gestion et de restauration de la tourbière.
Le Yeun Kudel abrite de nombreuses espèces animales et végétales à forte valeur patrimoniale du fait de leur rareté ou de la régression de leur habitat de prédilection au niveau national. La plupart de ces espèces est aujourd’hui menacée par le boisement du site et certaines ont même déserté la zone tels que le Busard cendré et le Courlis cendré autrefois nicheurs.
Cependant, il subsiste une relative richesse de la flore des milieux tourbeux.
Ainsi sont présents sur site, la Grassette du Portugal (Pinguicula lusitanica), les Drosera intermédiaires et à feuilles rondes (Drosera intermedia et Drosera rotundifolia), l’Orchis incarnata (Dactylorhiza incarnata), le Rynchospore blanc (Rhynchospora alba) et la Linaigrette vaginée (Erophorium vaginatum).
Le site est également intéressant pour sa richesse en odonates. On y trouve notament Le Sympetrum noir relique glacière (Sympetrum danae), le Lest dryas, l’Agrion nain (Ischnura pumilio) et l’Agrion délicat (Ceriagrion tenellum) assez rares en Bretagne et souvent très localisés.
Le complexe humide du Yeun Kudel accueil régulièrement la Loutre d’Europe (Lutra lutra), le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), les Busards cendrés et St Martin (Circus pygargus et Circus cyaneus) qui fréquentent le site saisonnièrement comme zone de chasse.
Notons également que les suintements des rochers de la cluse de Kudel et sa chênaie dissimulent le gamétophyte de Trichomanes speciosum, le Grand capricorne (Cerambyx cerdo) et le Lucane cerf volant (Lucanus cervus) reconnus comme espèces d’intérêt communautaire prioritaires au niveau européen.
L’étude réalisée par le FCBE a mis en évidence la nécessité de rétablir un bon fonctionnement hydraulique du complexe tourbeux.
Le rapport d’étude est rendu à l’automne 2006.
Le rehaussement du niveau de l’étang et le colmatage des fossés de drainage favoriseraient la turbification et freineraient la dynamique d’atterrissement. D’autre part, l’expansion des ligneux doit arrêtée dès maintenant. Malgré les difficultés d’accès inhérentes à la nature du site, la gestion mécanisée du site et le pâturage extensif par de grands herbivores restent les seules techniques disponibles de restauration du site.
D’importants travaux de déboisement sont indispensables, notamment pour ouvrir des corridors écologiques entre les parcelles enclavées de lande et de tourbière.
Le décapage et l’étrépage de plusieurs placettes permettraient de rajeunir la tourbière et de faire ressortir avant qu’il ne soit trop tard une crypto-végétation inféodée aux surfaces de tourbe nue.
Conséquence directe de l’évolution sociale et des mutations économiques de ces dernières décennies, le Yeun Kudel est devenue l’une des dernières tourbières de cette qualité et de cette superficie dans les Montagnes Noires. Toutes les autres ont été drainées ou enrésinées. Ceci justifie tous les efforts de sauvegarde et de restauration du site.
L’objectif du projet de génie écologique est favoriser le maintien et la reproduction des espèces animales et végétales inféodées aux milieux tourbeux, menacées de disparition du fait de leur total isolement.
Suite à l’étude réalisée par le F.C.B.E, M et Mme de Thoré envisagent de maintenir ouvertes les parcelles grâce au pacage de poneys Konik Polsky, race rustique de l’Est de l’Europe réputée proche du cheval sauvage Tarpan aujourd’hui éteint.
Une pouliche Konik Polski est installée sur la parcelle restaurée.
A ce jour, un essai de déboisement par gyrobroyeur forestier monté sur un chenillard a été fait. Le test n’a pas été concluant : la faible portance de la tourbe a été aggravée par la très forte pluviométrie de l’été 2007 et a rendu impossible ce travail, toujours délicat sur une tourbière. Une baisse momentanée du niveau de l’étang pourrait peut être faciliter l’accès.
Actuellement, un arrachage des ligneux et des touradons de molinie à l’aide d’un treuil forestier est à l’étude.
Le chantier de Kudel le 16 nov : avancement des travaux.
Les barrages "filtres en round" sont efficaces. Il n’y a pas de traces de pollution (lait de ciment ou nappage de vase) Xavier Grémillet.